Seigneure, je
suis une parente, une sœur, une épouse, une fanm / concubine,
une amie de victimes et de bourreaux. Comment te parler ? Comment te dire le
fond de mon coeur sans te demander pardon d’avoir mis sur terre ces
catégories de gens ; bien que je sois aussi la mère des juges, des
présidents, des autres gens sérieux de la société. Mais, Pardon.
Seigneure,
je suis la potentielle victime des gangs, des bandits et des groupes armés
qui sèment le deuil dans ma famille, dans ma communauté et dans ma ville
mais je suis seule à
le savoir ? Ma nation et l’internationale pleurent avec les autres femmes
victimes dans le pays mais moi, assassinée, mutilée, et torturée par mes
propres entrailles-ravisseurs, qui s’occupe de moi ? Mes cris de mère
dévastée par la cruauté et la froideur de mes brigands avec qui je négocie
à chaque heure la libération d’un autre
enfant (le frère, la sœur du bourreau) d’un époux ou d’un
nonm (père ou beau-père du bourreau), ne sont entendus par PERSONNE
puisque je suis censée être mère, sœur, épouse de ces malheureux bourreaux.
Mes souffrances sont celles qu'ont connues nombre de familles à travers le
pays et dans les pays de guerre. Journalière ment, je mets en terre un-e
proche broyé-e par une machine infernale de violences barbares qui s’est
permis de kidnapper, de torturer, de violer, d'assassiner sans scrupules
mais on s’en fout.
Seigneure,
montre moi comment rester femme et me taire face à de telles cruautés,
comment être mère et admettre que mes enfants, de 6, 13, 20 ans soient
devenus des hors la loi, des criminels, parce que les institutions étatiques
n’existent pas. Comment regarder les mères éplorées, après avoir découvert
le cadavre en putréfaction avancé de leurs enfants étranglés par ces
agresseurs qui ne sont que mes fils et mes époux ? Seigneure, non, je
n’en peux plus, je veux parler maintenant ; Donnes moi la force de vivre
avec espoir que les organisations de femmes
à travers le
monde, les Citoyennes, Citoyens, membres d'organisations des différents
secteurs constitutifs des mouvements populaires, organisations de défense
des droits des femmes et des droits humains en général, institutions et
organismes d'appui aux organisations de base, un jour se pencheront sur la
situation des femmes de ma commune et travailleront à
ce que ces criminels, nos hommes et fils, auront à rendre compte de leurs
actes, et que leurs crimes soient punis selon les prescrits de la loi et non
selon le desiderata de nos dirigeants et de nos contrôleurs. Et que par
surcroit, l'autorité de l'État sera rétablie et que la situation
socioéducative de nos enfants sera prise en charge par ceux et celles qui
ont la responsabilité de garantir notre sécurité et d’assurer notre
protection.
Seigneure,
quand j’entends l’appel de
rejoindre des actions collectives de solidarités avec les familles victimes,
je m’attendais à y prendre part et à y participer ; mais personne n’a voulu
de moi, c’est fermé à une catégorie de gens. Quand j’ai essayé de me faire
entendre, on me demande de laisser mon quartier si je ne veux
être considérée
comme étant une Manman Baz (cheffe
de zone). Mais Seigneure, entre les mains de qui nous allons laisser
nos enfants, que va devenir notre commune. Toi comme moi seigneure, nous
savons que ce n’est pas la meilleure solution. Beaucoup d’entre nous qui ont
pu le faire sont revenus humiliées,
brisées, et plus pauvres qu’avant et pire, la violence existe pi mal
(pire). Alors, je ne veux plus me Taire, je ne veux pas laisser ma zone
et je ne veux surtout pas d’autres martyrs. Je veux et j’exige des
dirigeants responsables qui m’éviteront
d’autres martyrs de l’insécurité. Je
vous signale Seigneure ma détermination à vivre dans ma commune où
doit régner la justice et le droit. Vous allez devoir l’expliquer à
nos dirigeants à titre de garant de la loi mère, pour leur signifier : Mon
refus de continuer à mettre au monde des enfants légitimés à être source de
la mort au sein de la population. Aux organisations de femmes ; mon refus
d'accepter l'indifférence de leur part devant les corps mutilés de mes
enfants, mes sœurs, mes frères, mes camarades du seul fait que ce soient mes
propres enfants, pères, frères, hommes les bourreaux et/ou que je ne sois de
la même classe qu’elles. Interpellez chère seigneur ma ministre à
la condition féminine de qui j’entends et j’attends beaucoup de bonnes
choses, à considérer la spécialité de mon case (cas) et donne
moi, enrichis moi des journalistes enquêteuses qui vont se pencher sur la
situation des femmes et des filles de ma zone. Seigneure, je
vous en prie, Soyez ou Devenez Femme ! Envoyez moi une personne, une bonne,
une dirigeante, responsable, digne et à la hauteur de sa fonction. Merci
d’avance Seigneure pour un nouveau mouvement de femmes solidaires
à la construction de cette future commune
juste. Égalitaire et dirigée par une femme
le 8 mars, journée de la femme 2007.
Ara
Haïti, Cite Soleil
3 février 2007