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Rencontre annoncée dans les DNA du 4 mars 2000
A l'occasion de la journée de la femme , le club INPAN
(Initiatives et projets pour l'Alsace du Nord propose un "Stammtisch"
le mercredi 8 mars à partir de 20 h au restaurant Au Tigre
(place d'Armes) à Haguenau.
La rencontre se fera autour d'un verre sur le thème "femme
et politique" avec la participation amicale de Mmes Yvelyne
Moeglen, conseillère régionale, Josiane Podsiadlo,
conseillère municipale à Obersteinbach, Huguette Dreikaus,
comédienne et bien d'autres femmes impliquées dans la vie de
la cité.
Bilan de la rencontre dans le journal DNA du dimanche 12 mars 2000
et sur www.dna.fr
"extrait"
: Pour
relancer, à gauche, le débat politique, le tout récent club
INPAN (Initiatives et Projets pour l'Alsace du Nord) a opté
pour « un lieu convivial où l'on a le droit de parler de
tout, y compris de politique et de religion », et qui a fait
ses preuves : le stammtisch. Mercredi, au Tigre, autour de
la table, on était venu causer, journée de la femme oblige,
des femmes en politique. L'occasion pour qui le souhaitait
de discuter avec les élues et militantes présentes de
l'incontournable parité, mais également, de façon plus
large, de l'intérêt, pour une femme, d'entrer en politique.
Un débat enlevé, sans temps morts, ni consensus mou, souvent
drôle, -« Nous ne voulons pas être le quota Cotorep de la
politique », selon Huguette Dreikhaus-, où les hommes ont
aussi eu leur mot à dire...
Suite sur www.dna.fr (archives locales du 12 mars 2000)
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Adresse historique du prélévement pour source www.club-internet.fr/special/femme/
Margaret Maruani est sociologue et directrice de recherche au
CNRS. Elle dirige aussi la revue "Travail, genre et
société" publiée chez l'Harmattan. Son état des lieux de
l'emploi féminin dans "Travail et emploi des femmes" (La
Découverte, 2000) est mitigé.
La croissance de l'activité féminine
est soutenue et ininterrompue depuis 40 ans. Elle aboutit
à la féminisation du marché du travail. Au début des
années 60 il y avait 6 millions de femmes actives,
aujourd'hui, il y en a 11,7 millions. Du côté des hommes,
on est passé de 13 à 14 millions. C'est donc l'apport de
l'activité féminine qui a renouvelé la force de travail. Pour la première fois depuis l'histoire
du salariat, les femmes affluent sur le marché du travail
en période de crise. La crise n'a donc pas freiné leur
accès à l'emploi, c'est-à-dire à l'autonomie économique,
donc à la liberté. Une rupture sociologique majeure:
l'essentiel des 5 millions de femmes arrivées sur la
marché du travail sont des mères de famille. Hier
encore, il était normal qu'une femme avec des enfants
s'arrête de travailler.
Depuis le début des années 70 on observe que
les filles réussissent mieux à l'école, au lycée et à
l'université. Cette percée de la scolarité féminine est un
des éléments qui expliquent le plus certainement la
croissance de l'activité féminine.
Il y a une tolérance sociale au chômage des femmes
Quels sont les points négatifs ?
L'égalité n'a pas progressé. Les femmes sont cantonnées
dans des métiers "féminins".
Les écarts de salaire, 27% en moyenne, demeurent
importants. Les hommes et les femmes n'ont pas les
mêmes carrières. Pourtant, les arguments invoqués pour
expliquer ces inégalités - "les femmes s'arrêtent de
travailler quand elles ont des enfants", "les femmes ne
sont pas aussi diplômées que les hommes" - n'ont plus
cours. Même dans certaines professions très qualifiées
auxquelles les femmes accèdent désormais (médecins,
journalistes, magistrates, avocates), les femmes
n'exercent pas forcément les mêmes fonctions que les
hommes, n'ont pas les mêmes carrières, les mêmes salaires. Le temps partiel est emblématique de la
division sexuelle du marché du travail: 82% des personnes
à temps partiel sont des femmes. Qui dit "temps partiel"
dit "salaire partiel".
En France, 3,2 millions de personnes travaillent pour un
salaire inférieur au SMIC, dont 82% de femmes. L'essor
du travail partiel a produit des poches de pauvreté
laborieuse féminine.
Les femmes sont plus au chômage que les hommes. Le
taux moyen est de 12%. Il est de 10% pour les hommes et de
14% pour les femmes. Sans compter les femmes qui ne
travaillent pas mais ne s'inscrivent pas au chômage.
Toutes les statistiques sont sexuées. Qu'on les regarde
par tranches d'âge, niveau de qualification, ou CSP, les
femmes sont plus au chômage que les hommes. Objectivement,
on devrait dire: "la priorité c'est la lutte contre le
chômage des femmes". Or, je n'ai jamais entendu ça. Au
niveau du débat social et politique, on parle du chômage
des cadres, des jeunes, des plus de 50 ans, des gens peu
qualifiés. Il y a une tolérance sociale au chômage des
femmes qui explique ce silence. Pour beaucoup de gens, une
femme au chômage, c'est moins grave qu'un homme au
chômage. L'idée du "travail d'appoint" et du "salaire
d'appoint" des femmes existe toujours.
Le monde du travail et les entreprises produisent de
l'inégalité
La maternité est-elle toujours invoquée pour
justifier ces inégalités ?
C'est invoqué de manière écrasante. Quand on entend parler
des responsables du personnel on a l'impression que les
femmes sont toujours potentiellement enceintes. Or, les
femmes, en France, ont deux enfants en moyenne. Un congé
de maternité de quelques mois n'est pas envahissant sur
une carrière de 37 ou 40 ans. Or, dans l'esprit des gens,
la maternité est de nature à distinguer fondamentalement
les carrières des hommes et des femmes. C'est purement
idéologique. Par ailleurs, je suis frappée qu'on n'évoque
jamais la paternité lorsqu'il s'agit du travail des
hommes.
En quoi l'inégale division du travail dans la famille se
retrouve-t-elle sur le marché du travail?
Les données de l'INSEE montrent que les femmes assurent
80% du travail domestique. Alors qu'en terme de production
sur le marché du travail il y a une quasi égalité
puisqu'elles sont 45% de la population active. Une
division du travail très inégalitaire dans l'univers
familial rebondit sur la situation des femmes sur le
marché du travail, mais n'en explique pas toutes les
inégalités. Le monde du travail, les entreprises,
produisent des inégalités. Les systèmes de recrutement
sont sexués: pour tel poste on veut un homme et pas une
femme, ou le contraire. Le déroulement des carrières n'est
pas le même pour les hommes et pour les femmes.
Il n'y a aucune pente naturelle vers l'égalité
Comment ces inégalités se perpétuent-elles?
La réalité professionnelle est très dure du fait de la
pression du chômage, et les questions d'égalité sont, de
ce fait, renvoyées aux calendes grecques. Il n'y a pas eu
de politiques dirigées vers les femmes. Les différentes
lois de 1972, 1975, et la loi Roudy de 1983 sur l'égalité
professionnelle ne sont pas appliquées. Les entreprises ne
font pas le bilan sur la situation comparée qu'elles
devraient faire, et elles ne sont pas sanctionnées. Il n'y
a pas eu de politiques pour l'emploi féminin. En revanche,
il y a eu des politiques familiales comme l'APE, qui, de
fait, ont renvoyé des femmes dans l'inactivité. La plupart
des femmes qui ont pris cette allocation était au chômage
ou en temps partiel. Elles ont été retirées du marché du
travail et gommées des listes du chômage. On sait que 3
ans après, quand elles chercheront du travail, elles
auront beaucoup de mal à en trouver.
Quel est a été le rôle des syndicats?
Le syndicalisme est un levier important à condition que
les syndicats et les syndiqués se saisissent de cette
question. Ce n'est pas parce qu'il y a une femme à la tête
d'un syndicat ou d'un parti qu'elles font avancer les
choses. Il ne suffit pas d'être une femme. Encore faut-il
être féministe. Il faut qu'il y ait une volonté politique.
Je n'ai pas l'impression que cette question soit une
priorité pour les syndicats. Il n'y a aucune pente naturelle vers
l'égalité. Si on ne prend pas de mesures volontaristes,
les choses n'avancent pas. Je suis pour plus de
régulation, plus de volontarisme politique, pour faire
appliquer la loi, et prendre des mesures contre le chômage
des femmes. Pendant des années, l'Etat a subventionné le
sous-emploi en faisant des dégrèvements de charges
sociales pour le travail à temps partiel. On a arrêté ces
mesures. Pourquoi ne pas consacrer cet argent à
subventionner l'égalité professionnelle? A donner des
primes aux entreprises qui favorisent l'égalité
professionnelle?
Margaret Maruani est l'auteur de nombreux ouvrages dont "Les
syndicats à l'épreuve du féminisme" (Syros, 1979), "Mais qui
a peur du travail des femmes? (Syros, 1985), "La flexibilité
à temps partiel (La Documentation Française, 1990),
"Sociologie de l'emploi" (La Découverte, 1999).
Propos recueillis par Françoise Bougenot le 2 Mars 2000
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